On va faire un peu d'histoire ce soir cher Lecteur. Refaire un Monde où il n'était pas possible de passer par dessus un certain mur. Stasi, DDR, Honecker. Nous étions jeunes, insouciants français de l'Est regardant un pays divisé de l'autre côté du fleuve. A 800km de la frontière franco-allemande, une ville meurtrie par presque 30 ans de séparation. Une idée inconcevable 15 ans auparavant, quand l'ONU vit le jour.
C'est une longue période que celle des deux Allemagnes, des deux Berlin. Il y eu le blocus, Yalta, puis le joug international, Checkpoint Charlie, la seigneurie communiste contre l'ogre occidentalisé. Mais dans toute cette histoire, il y eut le sport. Le dopage fait figure de joyau est-allemand notamment dans les compétitions internationales. Comme incrusté comme une parenthèse politico-sportive dans ce Monde qui n'en n'est plus vraiment un, il y avait le Dynamo et le 1.Union Berlin. C'est cette partie méconnue du football allemand que Panenka s'en va raconter aujourd'hui...
Köpenick. Berlin Est. Prendre le S-Bahn et poser ses pas à Ostkreuz. Le Spreepark de Berlin n'est pas loin. Nous sommes dans le fief du 1.FC Union Berlin. Modeste club de 2.Bundesliga en cette saison 2012/2013. Mais dans les années 1980, il représentait bien plus que ça, c'était une bouffée de liberté qui circulait dans les travées de l'Alte Forsterei, le stade mythique. La Stasi était toute puissante et ne se doutait pas de ce qui allait se dérouler à la fin de cette décennie. Police d'Etat soumis au pouvoir sans merci d'un Honecker vieillissant mais d'une Russie toujours ses deux jambes.
La Stasi possédait surtout LE club de Berlin Est : Le Dynamo. S'y engageait les joueurs les plus expérimentés de RDA (Thomas Döll, Rainer Troppa). Aucun joueur n'y possédait un quelconque esprit critique. Inféodé à la police de la RDA, il dépendait directement du Ministère de l'Intérieur.
Le 1. FC Union lui, était entièrement supporté par les syndicats de mineurs, de sidérurgiste, ou de l'industrie automobile est-allemande d'où sortent Trabant et autres véhicule bringuebalants.
Erich Mielke, l'entraîneur officieux du Dynamo (et patron de la Stasi) était le possesseur d'un blanc-seing de la part de la police d'Etat pour piller brutalement à chaque mercato le 1.FC Union, sans même dédommager l'équipe de Köpenick. Le hooliganisme est-berlinois s'est alors scindé de la plus violente des façons. Bagarres rangées entre supporters des rayés Unionistes et syndicalistes contre les "lécheurs de culs" du pouvoir en place. Cela dépassait le cadre du football. Ancré dans la civilisation est-allemande déclinante des années 80, cette rivalité cristallise tout ce que les quartiers du Berlin soviétique vivaient pendant que le Hertha et le Tennis Borussia Berlin vivait leur foot à l'occidentale dans l'Olympiastadion avec Coca et bière australiennes.
Profondément ancré à gauche, alter-mondialiste et égalitariste, les supporters du quartier de Treptow-Köpenick ne sont pas vraiment des "socios". Ils SONT le Club.
4 ans plus tard, c'est un stade quasi flambant neuf de 23 000 places qui trônent sur la colline berlinoise.
Le côté underground des supporters est resté. Admirant le punk et le métal, professant des chants assez sordides contre les supporters du Dynamo Berlin, les supporters Eiserne se situent au delà du football, dans un contexte socio-politique propre à la capitale allemande.
A leur célèbre chant : "Die Mauer musst weg" (Virez le mur !), ont été choisies les chansons de la plus célèbre des punks est-allemande Nina Hagen.
Dans leur quartier industriel d'Oberschöneweide, des frissons parcourent encore les murs gris des anciens "corons" des syndicalistes chevronnés. le 1.FC Union Berlin n'est pas mort, il vit encore et rêve, pourquoi pas, d'un autre destin....
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire