mardi 6 mai 2025

PHILIPPE VERCRUYSSE : L’ÉLÉGANCE OUBLIÉE DU FOOT À LA FRANÇAISE

Si tu cherches ici des coupes de cheveux à la Beckham ou des dribbles youtubeurs, mon ami, t'es tombé
à la mauvaise adresse. Ici, on parle des types comme Philippe Vercruysse, ces joueurs élégants dont les gestes semblaient presque ralentis, comme s’ils évoluaient dans une autre dimension temporelle. Oui, ce Philippe-là, discret, classe, réservé, mais diablement talentueux. Un de ces numéros 10 de l'ombre, éclipsé par les étoiles plus brillantes mais pourtant indispensable pour ceux qui ont compris ce qu'était le vrai football.

Les Premiers Pas du Prince du Nord

Philippe Vercruysse naît un 28 janvier 1962, à Saumur, mais c'est dans le nord, à Lens, que le garçon grandit footballistiquement parlant. Rapidement, il se fait remarquer avec cette technique si particulière, cette élégance rare qui n'est pas sans rappeler la finesse d’un certain Michel Platini. Comparaison flatteuse certes, mais pas exagérée. À 18 ans, Philippe signe son premier contrat pro avec le RC Lens. Le public lensois découvre alors un milieu offensif atypique : pas le plus rapide, pas le plus physique, mais doté d'une intelligence tactique supérieure et d'une qualité de passe à faire pleurer dans les chaumières.

Entre 1980 et 1986, Vercruysse s’impose comme le dépositaire du jeu des Sang et Or. Jamais en force, toujours en délicatesse. Une caresse du pied, une vision panoramique digne des plus grands cinéastes, voilà ce que Philippe propose chaque week-end aux supporters lensois. Et ceux-ci lui rendent bien : il devient une idole locale, celui qu'on vient voir, bravant le froid glacial du Stade Félix-Bollaert juste pour admirer un geste technique rare ou une passe laser venue de nulle part.

Le passage délicat à Bordeaux

En 1986, Vercruysse rejoint les Girondins de Bordeaux. Le club est alors une véritable machine de guerre, menée par Aimé Jacquet, avec dans ses rangs des tigres comme Tigana, Giresse ou Battiston. Philippe est accueilli comme la relève naturelle d'Alain Giresse, mais l'intégration s’avère délicate. Car Philippe, tout en douceur, peine à s'imposer dans l'agressivité de ce collectif ultra-compétitif.

Pourtant, même au milieu de cette équipe impressionnante, il livre quelques partitions de classe. Un touché subtil par-ci, une ouverture millimétrée par-là. Vercruysse a toujours ce quelque chose qui accroche l'œil du connaisseur, cette capacité à transformer une simple passe en un moment de poésie pure. Champion de France en 1987, double vainqueur de la Coupe de France (1986 et 1987), Philippe laisse néanmoins un goût d’inachevé en Gironde. On sent que le joueur pouvait offrir bien plus encore.

Le sommet discret : OM et Europe

En 1988, Philippe débarque à Marseille, et là, sous le soleil brûlant du Vélodrome, le Nordiste retrouve un peu de sa superbe. Épaulé par des coéquipiers aussi flamboyants que Papin, Waddle ou Abedi Pelé, Vercruysse devient rapidement indispensable. C’est l’époque dorée de l’OM, celle des titres, des nuits européennes incandescentes et des frissons du grand soir.

C’est d’ailleurs lors de ces soirées européennes que le numéro 10 se révèle particulièrement précieux. En demi-finale de la Coupe des Clubs Champions 1989-1990 face au Benfica Lisbonne, Vercruysse est magistral. Distribuant les ballons comme un chef d'orchestre dirige ses violons, il est à l’origine de chaque bonne action marseillaise. Marseille échouera en finale contre l’Étoile Rouge de Belgrade en 1991, mais Philippe aura marqué les esprits par sa classe et son intelligence de jeu.

L’Équipe de France : l’homme de l’ombre

Et les Bleus, me diras-tu ? Avec l’équipe de France, Vercruysse connaîtra le statut du joueur utile mais jamais starisé. Sélectionné 12 fois entre 1983 et 1989, il dispute notamment la Coupe du monde 1986 au Mexique, mais dans l’ombre gigantesque du carré magique composé de Platini, Tigana, Giresse et Fernandez. Sa qualité technique et son sens du collectif sont reconnus par tous, mais sa discrétion, presque excessive, le maintient en retrait médiatique.

Philippe aurait pu revendiquer davantage, mais ce n’était pas son style. Chez lui, l’élégance était aussi comportementale : pas de polémique, pas de scandale. Juste le plaisir du jeu bien fait et la fierté d’avoir porté le maillot bleu, même si ce fut trop peu aux yeux de beaucoup.

La suite : voyages et élégance éternelle

Après son aventure marseillaise, Vercruysse ira voir ailleurs : Nîmes, Bordeaux à nouveau, Metz, Sion en Suisse, Lens pour boucler la boucle, puis des escales plus exotiques comme Riyad, avant de raccrocher définitivement en Corse, au Gazélec Ajaccio, en 2000, à presque 40 ans. Un baroudeur élégant, toujours fidèle à lui-même, préférant la discrétion des petits clubs à la lumière aveuglante des géants.

Aujourd’hui, lorsque l’on évoque Philippe Vercruysse, on parle moins de palmarès ou de chiffres froids que d’une certaine nostalgie. Celle d’un football où l’élégance comptait encore, où un geste artistique valait plus qu'une statistique.

Philippe Vercruysse ou la nostalgie d’un foot perdu

Alors oui, Philippe Vercruysse ne sera jamais dans les classements de joueurs les plus célèbres. Il n’aura pas de documentaire Netflix, ni de millions de followers sur Instagram. Mais si tu es ici, à lire ces lignes, tu sais déjà que ce n’est pas important.

Philippe Vercruysse incarne cette époque où l'on pouvait jouer lentement, intelligemment, poétiquement. Cette époque où le football était affaire de cœur, d’esthètes, de buveurs d’absinthe et de rêveurs de stades poussiéreux. Une époque où on n'était pas juste joueur, mais artiste, un pinceau à la place des crampons, et où chaque passe était une touche sur la toile du match.

Philippe Vercruysse, c’est ce joueur qui rappelle à tous les amoureux du vrai foot que parfois, la beauté du jeu réside dans sa simplicité, son intelligence, et une élégance infinie.

Et ça, mon vieux, c’est peut-être la plus belle des victoires.

dimanche 12 novembre 2017

Symphonie en Z majeur

Il y a des moments de grâce. De pureté. Ces moments qui sont faits pour accepter l'infini, le mystique. Où plus rien de ce qui est terrestre n'est envisageable. La contemplation totale. En football, la tragédie a ceci de grecque qu'elle met en suspens le "kaïros", le temps de l'occasion opportune. Le football attend le geste décisif, la passe ajustée, millimétrée.

En ce 1er Juillet 2006, il fait une chaleur quasi insupportable à Francfort. On rejoint la Commerzbank Arena, toute proche de l'aéroport en deux heures à peine depuis Strasbourg. Une Coupe du Monde s'y déroule. Un quart de finale qui, sur le papier, a tout du récit d'Homère. La France de Zidane, face au Brésil de Ronaldo. Huit ans après la consécration dans l'enceinte dionysienne, un soir de 12 Juillet. Tous les ingrédients sont là. Malgré l'avènement du football friqué, des pubs de sponsors à rallonge, des musiques d'Elvis revisitées, nous sommes à l'aune d'une rencontre épique, qui oppose deux styles finalement pas si éloignés que cela.

Francfort sera un atrium, une agora. Ce soir sera le soir des joutes. Les hymnes retentissent, les coeurs battent la chamade, les avions longs courriers nous survolent. Ces gens qui s'en vont rejoindre des contrées éloignées savent-ils déjà que les portes des cieux seront sur la pelouse aujourd'hui ? Les accolades sont franches. Comme une réunion d'anciens combattants. "Dis, tu te souviens de ce tampon en 1998" semble dire Barthez à l'oreille de Ronaldo...


L'arbitre engage la partie. 37ème seconde. Le maestro fait sienne son arène. Zinedine contrôle, se retourne, dribble d'une talonnade au milieu de deux costauds brésiliens, puis il enchaîne de deux passements de jambes qui élimineront un dernier téméraire. 37 secondes. Il aura fallu 37 secondes pour connecter le génie français à l'éternité. Dès cet instant, Zidane endossera un rôle quasi mystique. Il sera connecté avec une force tellurique dont seul lui aura le secret.

Ce soir là, chaque amorti, chaque geste fut une symphonie. Le cuir colle à ses pieds, il ne veut pas partir, soulignant son envie de rester attaché à son maître. De lob en passe décisive, les défenseurs brésiliens auront eu leur chemin de croix, un soir de Juillet 2006, à Francfort.
Ce soir là, Zinedine Zidane est entré comme l'enfant du siècle football. 100 ans après les premiers échanges de balle sur des terrains boueux d'Angleterre, il est le climax du jeu. Intense individuellement, furieusement intelligent collectivement.

Le 1er Juillet 2006, Zinedine apposa un nom et un numéro sur le mot "génie" : Zidane, N°10. 




dimanche 5 novembre 2017

AC Milan 1988-1990 : Sacré Sacchi !

Fusignano. Emilie Romagne. Au sortir de la guerre, la famille Sacchi se débrouille tant bien que mal pour joindre les deux bouts. Le petit Arrigo pointe le bout de son nez en 1946. Dès son plus jeune âge, il va tâter du cuir dans les rues pavées de ce faubourg de Ravenne. Le football devient son graal. Mais le petit Arrigo n'est pas ce que l'on appelle un colosse. Petit, frêle, échevelé, il n'a guère que son mental pour le faire gagner. Le mental, voilà l'alpha et l'omega du futur système qu'il mettra en place en Lombardie quelques années plus tard...

Après une carrière de joueur assez insignifiante entre sa ville natale et Bellaria, Arrigo se rend compte qu'il n'est fait que pour entraîner. Pour penser le foot, pour le modeler mathématiquement, littérairement. Au centre de formation de Cesena, où il glane son premier poste chez les jeunes, il créé des schémas, se les approprie, imagine des fractales, des placements de joueurs iconoclastes. Arrigo n'aime pas le travail physique, il compte sur l'intelligence et la vision pour débloquer une situation.

Arrigo débarque en tant qu'entraîneur en chef du Parma AC en 1985. Alors modeste équipe de série C1 (équivalent du National 1 chez nous), le prodige de Ravenne va construire une équipe en béton, avec des cireurs, des facteurs et des peintres en bâtiment. Les parmesans termineront largement premier du championnat devant Modène, et accèderont dès 1986 à la Série B. Le mythe est en route. Les gialloazzuri termineront 7ème de Série B en 1986-1987, avec une saison tonitruante de l'attaquant vedette Marco Rossi. Arrigo voit se prolonger l'aventure parmesane et se sent prêt pour la montée en Série A à l'orée de l'année 1987-1988. Sauf que ...

Un certain Silvio Berlusconi, débarqué en 1986 à la tête du mythique Milan A.C, voit d'un très bon oeil la venue du divin chauve sur le banc lombard. Qu'à cela ne tienne, et contre l'avis de tout le peuple rossonero, il demande à Arrigo de l'accompagner un bout de chemin dans la reconstruction du grand club milanais.
Les premiers temps sont redoutables. Arrigo est l'ancêtre de Marcelo Bielsa. Des idées arrêtées sur le foot, qui n'ont connu que l'apanage des clubs de divisions modestes. 2 entraînements par jour, des causeries longues comme un épisode de Derrick, des systèmes de jeu inconnus jusqu'alors. Bref, une bérézina. Malgré l'arrivée de Van Basten et Gullit, les milanais pointent à l'aube de la 6ème journée du championnat en piètre 12ème position.

Et puis...


Vint le match face à Vérone où Berlusconi, dans son style tout théâtral, tonna "Entre l'équipe et Sacchi, je choisis Sacchi". La légende est en route. Une série d'invincibilité grandiose qui amènera le club à gagner le Scudetto 1987/1988, et de se construire un palmarès qui ferait rêver le premier entraîneur venu.

Entre 1988 et 1990, le Milan AC deviendra la plus grande équipe de foot au monde. Arrigo deviendra Sacchi, et son modèle et ses valeurs deviendront un viatique pour tous les entraîneurs des années 90 / 2000. L'équipe qu'il forge à Milan est indestructible. Sacchi comprend que ses joueurs s'ennuient à enchaîner les entraînements matin et soir. Il va donc miser sur leur savoir, sur la vista, sur le coup d'après. Pour Sacchi, le foot ce sont trois valeurs cardinales : "l'émotion, la passion, la beauté". Sacchi appliquera la notion de "relation transitive" au football : le joueur donne de l'émotion au public qui lui renvoie en retour. 

Le jour de gloire est arrivé


Le 24 Mai 1989 deviendra le climax de l'ère Sacchi. Milan, après avoir éliminé Brême et Madrid, affronte le Steaua Bucarest en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, dans un Camp Nou chauffé à blanc. L'équipe de Iordanescu, c'est l'équipe de Roumanie tout simplement : Lacatus, Hagi, Petrescu, Piturca, etc...
Mais en face, il y a onze golgoths qui n'attendent qu'une chose, ramener la Coupe aux grandes oreilles dans la cité lombarde.
Résultat : 4 à 0 dans un match où le Milan AC montrera tout l'étude de son talent avec cette volonté constante de tourner le jeu vers l'attaque. 


Et après ? 


Sacchi a encore faim de titres. 1990, le Milan AC regagnera la Ligue des Champions face au Benfica Lisbonne de Vata (l'OM s'en souvient encore...). Puis vint les premières dissensions qui apparaîtront dès la saison suivante, malgré un beau parcours en Série A (second), et en Ligue des Champions. Mais ce soir de Mars 1991, l'OM de Waddle et Papin était trop fort. Les lumières s'éteignent sur le Vélodrome comme sur le grand Milan AC. Le match est perdu sur tapis vert pour les Rossoneri, et Sacchi s'en ira entraîner la Squadra Azzura jusqu'en 1996. 

Malgré une très mauvaise entente avec Roberto Baggio, le mage chauve emmènera les siens en finale de la Coupe du Monde 1994. Le ciel de Pasadena accueillera bien volontiers le tir au but de l'homme à la queue de cheval qui crucifiera tout un peuple et scellera un peu plus la légende de la Selecao. 
Sacchi vivotera et retournera même au Milan AC en 1996-1997. Avec l'auréole du saint-sauveur mais qui n'arrivera pas à redresser une équipe en plein déclin malgré ses stars : Boban, Davids, Weah, Reiziger, Desailly...

En 2001, Arrigo arrêtera définitivement les frais. Fatigué et usé, il préfèrera rejoindre des postes plus "confortables" à Parme ou au Real Madrid. Il en profitera même, dans un élan tout rance, pour critiquer la Squadra parce qu'elle "a trop de joueur de couleurs dans ses rangs". Une sortie par la petite porte pour l'ancien technicien de génie. 

Mais au fait, c'était quoi la Méthode Sacchi ? 


Guardiola, Ancelotti et même Mourinho s'en inspirent aujourd'hui. Sacchi a été le premier à abroger le Catennacio ("Cadenas" en italien : jeu basé uniquement sur le verrouillage de la défense et la prudence en attaque). 
Plus de libéro, 4 défenseurs alignés, chaque joueur jouant dans une zone prédéfinie, que ce soit en attaque ou en défense. Le pressing est très haut et le hors-jeu est joué en permanence. Toute la pensée de l'équipe est tournée vers l'attaque. Chaque joueur devra être écarté de son précédent ou de son suivant au mètre près. Tout le monde court en même temps dans un sens ou dans l'autre. 
Il arrivera, certains matchs, que le gardien ne touche aucun ballon de relance. 

Source : Les cahiers du foot

Sacchi, c'était le jeu à l'état pur. La volonté farouche de faire naître de la philosophie dans le football. De pratiquer l'optimisme, la mise en avant de projets communs. Le football de Sacchi était un football de rêve. Un mélange de rigueur allemande, de folie brésilienne, et de tactique argentine. On disait que si le Milan AC du Mage était sélectionné en Coupe du Monde, il l'aurait gagné deux fois deux suite. 

Bref, Sacchi c'était, chaque week-end, 90 Minutes de génie. 


mercredi 1 novembre 2017

Batigol : L'idole d'un peuple.

Après plus d'un 4 ans, il revient. "PANENKA", le blog du foot à Papa, des cartons verts, de la passe en retrait, du raté de David Ginola, de Bernard Pardo, des coupes-mulets, et des tacles assassins. Sur "Panenka", retrouvez la petite et la grande Histoire du Football. De gauche, de droite, latérale ou défensive, replongez-vous dans les archives du ballon Rond !

Aujourd'hui, évoquons un des magiciens du jeu. Un homme pour qui le fameux "sens du but" ne faisait jamais défaut. La crinière vissée sur sa tronche, les yeux bleus lagons. Tu l'as reconnu lecteur de Panenka, je vais évidemment parler aujourd'hui de Gabriel Batistuta, affectueusement surnommé "Batigol".

Tout commence à l'aube des années 70 dans le province de Santa Fe, et plus précisément à Reconquista. Le petit Gabriel ne sait que faire de ses pieds, et prend le chemin du Volley Ball qu'il pratique assidument pendant les cours et en dehors. A tel point que des recruteurs des équipes minimes de l'Argentine suivent de près ce génie naissant. Ses potos de l'époque en ont ras la couenne de le voir s'ébrouer derrière un filet, ils le préféreraient devant. C'est ainsi que le jeune argentin signe un premier contrat dans le club de son coeur : Les Newell's Old Boys. Il commence - tout naturellement - en tant que gardien, enchaînant les excellents matchs, rendant des clean sheet à la pelle. Mais l'envie de tâter le cuir se fait trop forte, et comme pour le Volley Ball, le petit Gabriel va s'entraîner dur pour rejoindre ses coéquipiers en attaque.

Avec les NOB, il va impressionner dès sa première année professionnelle chez les Seniors. En Copa Libertadores 1988, il enchaîne les buts, et va marquer le tournoi de son empreinte malgré une défaite en finale face au Nacional. Après un bref passage à River (où il marquera peu de buts...), il rejoint l'antre de la Bombonera à l'orée de la saison 1990-1991. Depuis le départ de Maradona, Boca Juniors souhaite retrouver son lustre d'antan, et qui mieux qu'un jeune échevelé plein de force, de fougue et de toucher, pouvait accepter cette mission. Batistuta arrive sur la pointe des pieds mais avec une réputation solidement construite. Résultats ? 47 Matchs et 25 buts. Mais l'envie d'Europe est trop forte, et va se jouer l'une des tragédies de mercato les plus surréalistes de ces 30 dernières années...

En 1990, Boca joue les premiers rôles avec un immense joueur du nom de Diego Latorre. 119 Matchs avec l'équipe de Buenos Aires, des buts en pagaille, une technique inégalable. Son compatriote Juan Simon (ancien de l'AS Monaco et de Strasbourg) l'encense, au point de le désigner "meilleur joueur argentin de sa génération". Les propositions pleuvent, et une d'entre elles va faire tiquer l'international argentin : La Fiorentina. Les dirigeants de la Viola succombe à ses charmes, en digne héritier du Pibe de Oro qu'il est. Boca en veut 2 Millions d'Euros, Firenze en payera 3 pour s'attacher ses services. Mais au moment de poser bagages dans la ville toscane, Lazarini (entraîneur musclé de la Viola) dénonce un chantage et prédit un avenir sombre à Latorre. "Je ne voulais pas d'un meneur de jeu, je voulais d'un buteur !"

Batigol est scruté sous tous ses angles et sa chance est d'avoir le même agent que Latorre. Qu'à cela ne tienne, la Fio écoule ses biftons et conquiert Gabriel et l'autre attaquant jeune pousse de Boca : Mohamed. La triplette post-Roberto Baggio est créée. La Viola aura des accents de tango argentin, elle va reconquérir des titres, manger le Napoli, et conquérir l'Italie. Oui mais ...

Aloisio, l'agent, se révèle véreux comme pas deux. Direction la prison sans passer par la case départ. Entre temps, Florence achète Effenberg et Brian Laudrup (excusez du peu...). Avant même le début de la saison 1991-1992, Latorre et Mohamed cirent le banc. Le génie argentin doit partir et être vendu par la Fio (ainsi était le monde avant l'arrêt Bosman...) pour cause de présence d'un étranger hors-UE de trop dans l'effectif. Mohamed sentira le coup et partira très vite à Independiente.
Et Batigol dans tout ça ?
Première saison à 18 buts pour 33 matchs joués. Les supporters du stade Artemio Franchi ne le hue plus comme à sa toute première apparition.

La suite ? Un régal pour les yeux. Malgré la descente de la Viola en Série B, Gabriel restera. Par amour du club. Geste qui le hissera au rang de "Dieu" vivant dans cette cité toujours ancrée à gauche où le forçat est érigé en héros.
La remontée est immédiate, et l'arrivée de Couto et Toldo aux buts ne fera que confirmer la mainmise de la Fiorentina sur l'Europe et le trio de tête du Calcio pendant les années 90.
Entre 1996 et 1998, Batigol plantera près de 65 buts. Une folie.

Et en équipe d'Albiceleste me direz-vous ? 

Batigol fut tout aussi beau à regarder planter des pions. Il jouera 3 coupes du Monde. Une paire (trop courte malheureusement) avec Maradona en 1994 et ce but fabuleux face à la Grèce...


En 1998, l'Argentine est favorite. De loin. Gabriel est impérial en phase de poules. 4 buts marqués, 1 contre le Japon (celui de la victoire) et 3 contre les modestes (mais complètement barrés) jamaïcains. Le match contre l'Angleterre, épique à plus d'un titre, le verra en planter un cinquième. Avant le match gâché face aux Pays - Bas, où l'ange de la Viola ne sera que l'ombre de lui-même, dans une équipe ciel et blanc complètement tétanisée par l'enjeu...

Arrivera 2002, la fin d'une génération dorée, les Veron, Simeone, Ayala, Ortega et consorts ne seront que l'ombre d'eux-mêmes. L'Argentine sortira par la petite porte, éliminée au premier tour face aux Nigérians et aux Suédois....

Crepuscule des dieux 

Au début des années 2000, ne se sentant plus en odeur de sainteté du côté de Florence, Gabriel cède aux désirs de Fabio Capello, l'entraîneur de la Roma. Il sera sacré champion en 2001 avec encore 22 buts marqués...
Après un passage éclair et raté à l'Inter, le beau blond s'envolera pour le Qatar, mettre un peu d'épargne sous le matelas.

Mais pour tous les amoureux du foot, pour les trentenaires d'aujourd'hui, Batigol était notre idole. Tu étais dans la cour, attendant fébrilement la balle, tu jouais à la carotte, le hors-jeu n'était qu'une chimère. Ton meilleur pote t'a vu démarqué, transversale parfaite. Le ballon en mousse atterrissant sur la poitrine, une volée fusille le mur en béton faisant office de filet. Tu cries, tu retournes ton maillot sur la tête, tu fais l'avion, et tu cries à la Gilardi : "Baaaaatistutaaaaaaa".

Batigol, c'était le renard des surfaces ultimes, les vidéos de fin de l'Equipe du Dimanche. C'était une certaine idée de l'amour du maillot. C'était le foot. Tout simplement.





lundi 18 novembre 2013

[Perdu de Vue] La C2 : Adieu la Coupe des Coupes.

La "C2". Je ne vous parle pas ici d'un nouveau modèle de voiture de la marque au chevron! Je vais vous conter une partie de l'histoire de cette Coupe des Vainqueurs des Coupes, plus souvent abrégée en "Coupe des Coupes". Perso, elle m'a fait bander. Un paquet de fois. Mon premier souvenir remonte à la victoire d'Arsenal contre Parme un soir de Mai 1995 au Parc des Princes...

Toute l'histoire commence un soir de 1960. Une poignée de journalistes sportifs européens réunis lors de la Coupe des villes de Foire (l'ancêtre de la Coupe de l'UEFA) discutent, palabrent sur la possibilité de la création d'une nouvelle coupe qui réunirait les vainqueurs des Coupes Nationales. Et pour tout avouer, les dirigeants des clubs n'étaient pas vraiment chauds. L'Europe du foot était encore monolithique, ne régnait que les Manchester et autres Barcelone. De nouveaux matchs, de nouveaux déplacements, personne n'en voulait de cette C2.

Pourtant, durant la saison 60/61 eut lieu un premier tournoi "pour du beurre", remportée par la Fiorentina face aux Glasgow Rangers. Petit à petit, la Coupe des Coupes va gagner en notoriété et en visibilité.



Ca y est, la Coupe des Coupes est définitivement lancée. Dans les années 70-80, la C2 va prendre un réel essort et l'intérêt des sponsors se fera grandissant. La C1 semblant devenir désuète, la coupe des Coupes va prendre le relais médiatique. Des matchs spectaculaires, comme cette finale de 1979 au Sankt Jakob de Bâle (avant la modernisation), qui vit le FB Barcelone battre le Fortuna Dusseldorf des frères Allofs 4 à 3 (a.p)



Mais au fur et à mesure des années, la C2 devient galvaudée. Considérée comme la plus "petite" des coupes européennes, et au vu de l'investissement massif des sponsors sur la C1 et la C3, la coupe aux petites oreilles devient le parent pauvre de la scène européenne. A tel point que Lennardt Johansson, alors président de l'UEFA, décide de supprimer définitivement la compétition à l'issue de la saison 1998/1999. Et il faut bien reconnaître qu'au final, il a eu raison. Les deux dernières éditions étaient de véritables purges à regarder. Le dernier vainqueur fut la Lazio de Rome face au RCD Majorque (du jeune Samuel Eto'o). Cette année là (....le premier qui fredonne aura ma main dans la gueule), les Laziali avait une équipe de rêve, rien ne pouvait les arrêter. Jugez plutôt :


Allez, pour le plaisir on regarde le boulet de canon de N'Gotty en finale de la C2 1996 contre le Rapid de Vienne de notre mascotte Trifon Ivanov. Le dernier trophée européen d'un club de foot français. C'était il y a 17 ans...




PSG-Rapid Vienne 95-96 N'Gotty par boss779

vendredi 15 novembre 2013

Un Yaourt au goût Bulgare

Le feu béotien attend la France...
1 an que j'avais laissé tomber ce blog...et j'ai relu les articles. Au final, je me suis dis que la passion était toujours là, enfouie. Cette passion du football vintage, des shorts "moule-bite" et de la coupe mulet. Tony Vairelles m'a manqué, et ses guns avec. C'est reparti pour une année d'articles, d'histoires, d'anecdotes et de matches de bouchers, à la "papa".

Aujourd'hui, on va taper dans le classique. La tragédie grecque par excellence, sauf qu'elle n'a de grecque que le fil rouge de cette soirée de Novembre 1993.
Le froid traverse Paris, le football français est au plus mal...l'OM englué dans son affaire de match acheté, la Division 1 n'est pas vraiment palpitante, à part un vrai faux duel à distance entre le PSG et Bordeaux.


Depuis Septembre 1992 se déroule les éliminatoires de la Coupe du Monde 1994, et pour ceux qui réussiront à glaner le précieux sésame, direction les USA. Très honnêtement, quand on a appris que les USA allaient organiser la compét', on s'est bien dit que cela avait été magouillé et qu'on allait se faire grossement chier.


En haut, à gauche : Martini (Gar.), Casoni, Cantona, Sauzée, Roche, Boli
En bas, à gauche : Gravelaine, Lizarazu, Deschamps, Durand, Papin.

A l'époque, c'est Gérard Houiller qui a pris la place de Michel Platini. L'équipe de France s'est lamentablement plantée à l'Euro 1992, en partant dès le premier Tour, alors qu'elle était annoncée comme favorite. Platini parti (pour participer à l'organisation de la CDM1998), on est allé chercher Houiller. Un mec du sérail, de la DTN, qui allait nous sortir de ce merdier...


Et bien que nenni. 1ère erreur, avoir garder des cadres de 1992, ne pas avoir renouveler l'équipe (comme Jacquet le fera brillamment quelques mois plus tard). Résultat, la France patauge, mais elle s'en sort bon an mal an dans ce groupe qui sent bon le piège.
Suède, Bulgarie, Israël, Autriche, Finlande. Saint-Marin ? Féroé ? Des points faciles à gagner ? Même pas en rêve ! A croire que la FIFA avait envie de nous bais** dès cette poule.

Au soir de la dernière journée d'éliminatoires et après une défaite indigente contre Israël (au Parc des Princes, 2-3), l'équipe de France grille son dernier joker. Nous sommes le 17 Novembre 1993...

Classement au 17 Novembre 1993 - Matin. 

Comme on le constate assez vite, un nul suffit à la France pour partir outre-atlantique, un tout petit match nul...Pourtant, à aucun moment la France ne doute. A aucun moment elle ne se rend compte qu'elle aura en face d'elle, ce soir, au Parc des Princes l'une des plus belles équipe du siècle footballistique bulgare. Penev, Kostadinov, Ivanov, Letchkov, et Stoïchkov. Un quintette magique.

La suite ? Je vous la propose en vidéo (je vous conseille 2 prozacs avant, ça passera toujours mieux).



But à la dernière seconde de Kostadinov, non pas à cause de Ginola, comme beaucoup de gens l'ont pensé à l'époque, mais à cause du coaching de Houillier ! Jouer avec deux attaquants qui, contrairement à ce qu'on a expliqué pendant des années, n'ont jamais été complémentaires (JPP-Canto). Le choix de laisser sur le banc le "déjà" aguerri Lizarazu (24 ans à l'époque) qui aurait découpé le Bulgare, etc....

Ce fut une soirée mouvementée, mais qui finalement a permis de crever l'abcès de ces années de plomb : 1988 - 1994. Le lendemain, Houillier se déchaîna contre Ginola, Jacquet devenait entraîneur en chef. Dès son premier match à la tête des Bleus, en Italie en Février 1994, Djorkaeff condamne la Squadra Azzura à la suite d'un match qui portera déjà l'empreinte de l'épopée 1998.

Pour dernière petite anecdote, et pour au final rendre à la Bulgarie ce qui appartient à la Bulgarie, les slaves ont réalisé une Coupe du Monde exceptionnelle, avec un parcours génialissime, des joueurs un peu fous, qui sortaient, buvaient des coups et traîner dans tous les peep-show de leur lieu de match. Pour arriver au final 4ème d'une Coupe du Monde définitivement historique !
Pour fêter ça, un petit Revival Panini - Bulgarie 1994 !







mercredi 13 novembre 2013

Un automne alsacien

Gérald Baticle
C'est l'histoire improbable d'une équipe faite de vieux briscards, de talents inégalés, de ronchons et de joyeux lurons. Nous sommes le 9 Décembre 1997. Il est 23h à San Siro. Les supporters strasbourgeois pleurent la défaite face au grand Inter de Milan des Ronaldo, Zanetti, ou encore Djorkaeff, après être passé si près de l'exploit. Baticle et les siens n'ont rien pu faire face aux assauts répétés des Nerrazurri.
C'est l'histoire d'une équipe qui aura fait vibrer la France pendant des mois, et tout commença un soir d'Avril 1997...


Fin des années 1990, la France vibre de nouveau pour son football hexagonal. A quelques encablures de France 98, l'Equipe de France d'Aimé Jacquet enchaine les bons résultats et le "Tournoi de France" 1997 (ersatz de Coupe des Confédérations) se prépare doucement mais surement. En D1, c'est Monaco qui tient le haut du pavé. Henry, Trezeguet, Barthez, Petit dominent de la tête et des épaules la compétition. Au mois d'Avril, les hommes du Prince, entraîné par Jean Tigana comptent 10 points d'avance sur le PSG de Raï.

Strasbourg est 4ème à 7 journée de la fin, à quelques points de la Ligue de Champions. Et avec lui, c'est Bordeaux qui tient la corde (6ème). Le 12 Avril 1997 se profile la finale de la Coupe de la Ligue entre ces deux équipes. Le parcours de Strasbourg est remarquable. Elimination de Saint Etienne au premier tour, puis Cannes, avant de taper les Monégasques en 1/2 finale.
Ce soir, au Parc des Princes, ce sont eux les favoris. Bordeaux restant sur une victoire très difficile en 1/2 finale contre Montpellier.

Et pourtant, la finale, la dernière disputée au Parc, ne sera pas d'une grande teneur. Un match qu'on pourrait même qualifier de plat tellement les occasions ont été réduites à néant par Vencel et Bordart, les deux portiers, et l'inefficacité des Papin et autres Baticle.


Et puis arriveront les tirs aux buts...interminables



RCS - Bordeaux finale coupe de la ligue par bouquenom

Strasbourg gagnera la Coupe de la Ligue, mais terminera 9ème de l'exercice de D1 laissant filer les 4 dernières journées de championnat, en étant assuré de jouer la Coupe de l'UEFA en 1997/1998.

Arrive donc cette fameuse compétition européenne (qui avait quand même sacrément plus de gueule que la "Ligue Europa..." Merci Platoche...). Pas de phases de groupes, dès l'Automne on entrait dans le vif du sujet. Et le tirage au sort n'a pas été clément avec les Alsaciens. Les Glasgow Rangers de Gattuso (hé oui...) Gascoigne et Laudrup



2 à 1 à l'Aller, la même au Retour. Du grand art ! Puis, Strasbourg va de nouveau tomber sur un os. Et quel os ! Liverpool. Les Reds. Le club mythique !
21 Octobre 1997. 20h. Coup d'envoi de ce match dont la Meinau se souviendra encore longtemps. Robbie Fowler et les siens, alors 5ème de Premiere League, ne verront pas la balle. Zitelli est sur un nuage, et Conteh va achever le travail



Les Bleus sont en 1/8è de finale. Strasbourg entre définitivement dans la cour des Grands. Le 25 Novembre 1997, ils affronteront l'Inter de Milan. Le Grand Inter de Milan. L'équipe entraînée par Gigi Simoni supplante tous ses adversaires en Série A. 1 défaite au compteur. Mais ce jour de Novembre, l'étincelle est venue de deux hommes. Baticle, et Ismaël....



Tout le monde connaît la suite...défaite à San Siro 3 à 0. Ronaldo au top de sa forme, des Strasbourgeois émoussés qui luttaient pour le maintien. 
Le Racing terminera à une piètre 13 è place (18 clubs à l'époque en D1), mais donna des frissons à tout un peuple, tout une ville et tout un pays. 
Des épopées comme Strasbourg n'en a plus connu depuis 2005, date de son dernier trophée en Coupe de la Ligue.

Depuis ? Morne plaine...