mercredi 1 novembre 2017

Batigol : L'idole d'un peuple.

Après plus d'un 4 ans, il revient. "PANENKA", le blog du foot à Papa, des cartons verts, de la passe en retrait, du raté de David Ginola, de Bernard Pardo, des coupes-mulets, et des tacles assassins. Sur "Panenka", retrouvez la petite et la grande Histoire du Football. De gauche, de droite, latérale ou défensive, replongez-vous dans les archives du ballon Rond !

Aujourd'hui, évoquons un des magiciens du jeu. Un homme pour qui le fameux "sens du but" ne faisait jamais défaut. La crinière vissée sur sa tronche, les yeux bleus lagons. Tu l'as reconnu lecteur de Panenka, je vais évidemment parler aujourd'hui de Gabriel Batistuta, affectueusement surnommé "Batigol".

Tout commence à l'aube des années 70 dans le province de Santa Fe, et plus précisément à Reconquista. Le petit Gabriel ne sait que faire de ses pieds, et prend le chemin du Volley Ball qu'il pratique assidument pendant les cours et en dehors. A tel point que des recruteurs des équipes minimes de l'Argentine suivent de près ce génie naissant. Ses potos de l'époque en ont ras la couenne de le voir s'ébrouer derrière un filet, ils le préféreraient devant. C'est ainsi que le jeune argentin signe un premier contrat dans le club de son coeur : Les Newell's Old Boys. Il commence - tout naturellement - en tant que gardien, enchaînant les excellents matchs, rendant des clean sheet à la pelle. Mais l'envie de tâter le cuir se fait trop forte, et comme pour le Volley Ball, le petit Gabriel va s'entraîner dur pour rejoindre ses coéquipiers en attaque.

Avec les NOB, il va impressionner dès sa première année professionnelle chez les Seniors. En Copa Libertadores 1988, il enchaîne les buts, et va marquer le tournoi de son empreinte malgré une défaite en finale face au Nacional. Après un bref passage à River (où il marquera peu de buts...), il rejoint l'antre de la Bombonera à l'orée de la saison 1990-1991. Depuis le départ de Maradona, Boca Juniors souhaite retrouver son lustre d'antan, et qui mieux qu'un jeune échevelé plein de force, de fougue et de toucher, pouvait accepter cette mission. Batistuta arrive sur la pointe des pieds mais avec une réputation solidement construite. Résultats ? 47 Matchs et 25 buts. Mais l'envie d'Europe est trop forte, et va se jouer l'une des tragédies de mercato les plus surréalistes de ces 30 dernières années...

En 1990, Boca joue les premiers rôles avec un immense joueur du nom de Diego Latorre. 119 Matchs avec l'équipe de Buenos Aires, des buts en pagaille, une technique inégalable. Son compatriote Juan Simon (ancien de l'AS Monaco et de Strasbourg) l'encense, au point de le désigner "meilleur joueur argentin de sa génération". Les propositions pleuvent, et une d'entre elles va faire tiquer l'international argentin : La Fiorentina. Les dirigeants de la Viola succombe à ses charmes, en digne héritier du Pibe de Oro qu'il est. Boca en veut 2 Millions d'Euros, Firenze en payera 3 pour s'attacher ses services. Mais au moment de poser bagages dans la ville toscane, Lazarini (entraîneur musclé de la Viola) dénonce un chantage et prédit un avenir sombre à Latorre. "Je ne voulais pas d'un meneur de jeu, je voulais d'un buteur !"

Batigol est scruté sous tous ses angles et sa chance est d'avoir le même agent que Latorre. Qu'à cela ne tienne, la Fio écoule ses biftons et conquiert Gabriel et l'autre attaquant jeune pousse de Boca : Mohamed. La triplette post-Roberto Baggio est créée. La Viola aura des accents de tango argentin, elle va reconquérir des titres, manger le Napoli, et conquérir l'Italie. Oui mais ...

Aloisio, l'agent, se révèle véreux comme pas deux. Direction la prison sans passer par la case départ. Entre temps, Florence achète Effenberg et Brian Laudrup (excusez du peu...). Avant même le début de la saison 1991-1992, Latorre et Mohamed cirent le banc. Le génie argentin doit partir et être vendu par la Fio (ainsi était le monde avant l'arrêt Bosman...) pour cause de présence d'un étranger hors-UE de trop dans l'effectif. Mohamed sentira le coup et partira très vite à Independiente.
Et Batigol dans tout ça ?
Première saison à 18 buts pour 33 matchs joués. Les supporters du stade Artemio Franchi ne le hue plus comme à sa toute première apparition.

La suite ? Un régal pour les yeux. Malgré la descente de la Viola en Série B, Gabriel restera. Par amour du club. Geste qui le hissera au rang de "Dieu" vivant dans cette cité toujours ancrée à gauche où le forçat est érigé en héros.
La remontée est immédiate, et l'arrivée de Couto et Toldo aux buts ne fera que confirmer la mainmise de la Fiorentina sur l'Europe et le trio de tête du Calcio pendant les années 90.
Entre 1996 et 1998, Batigol plantera près de 65 buts. Une folie.

Et en équipe d'Albiceleste me direz-vous ? 

Batigol fut tout aussi beau à regarder planter des pions. Il jouera 3 coupes du Monde. Une paire (trop courte malheureusement) avec Maradona en 1994 et ce but fabuleux face à la Grèce...


En 1998, l'Argentine est favorite. De loin. Gabriel est impérial en phase de poules. 4 buts marqués, 1 contre le Japon (celui de la victoire) et 3 contre les modestes (mais complètement barrés) jamaïcains. Le match contre l'Angleterre, épique à plus d'un titre, le verra en planter un cinquième. Avant le match gâché face aux Pays - Bas, où l'ange de la Viola ne sera que l'ombre de lui-même, dans une équipe ciel et blanc complètement tétanisée par l'enjeu...

Arrivera 2002, la fin d'une génération dorée, les Veron, Simeone, Ayala, Ortega et consorts ne seront que l'ombre d'eux-mêmes. L'Argentine sortira par la petite porte, éliminée au premier tour face aux Nigérians et aux Suédois....

Crepuscule des dieux 

Au début des années 2000, ne se sentant plus en odeur de sainteté du côté de Florence, Gabriel cède aux désirs de Fabio Capello, l'entraîneur de la Roma. Il sera sacré champion en 2001 avec encore 22 buts marqués...
Après un passage éclair et raté à l'Inter, le beau blond s'envolera pour le Qatar, mettre un peu d'épargne sous le matelas.

Mais pour tous les amoureux du foot, pour les trentenaires d'aujourd'hui, Batigol était notre idole. Tu étais dans la cour, attendant fébrilement la balle, tu jouais à la carotte, le hors-jeu n'était qu'une chimère. Ton meilleur pote t'a vu démarqué, transversale parfaite. Le ballon en mousse atterrissant sur la poitrine, une volée fusille le mur en béton faisant office de filet. Tu cries, tu retournes ton maillot sur la tête, tu fais l'avion, et tu cries à la Gilardi : "Baaaaatistutaaaaaaa".

Batigol, c'était le renard des surfaces ultimes, les vidéos de fin de l'Equipe du Dimanche. C'était une certaine idée de l'amour du maillot. C'était le foot. Tout simplement.





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