dimanche 5 novembre 2017

AC Milan 1988-1990 : Sacré Sacchi !

Fusignano. Emilie Romagne. Au sortir de la guerre, la famille Sacchi se débrouille tant bien que mal pour joindre les deux bouts. Le petit Arrigo pointe le bout de son nez en 1946. Dès son plus jeune âge, il va tâter du cuir dans les rues pavées de ce faubourg de Ravenne. Le football devient son graal. Mais le petit Arrigo n'est pas ce que l'on appelle un colosse. Petit, frêle, échevelé, il n'a guère que son mental pour le faire gagner. Le mental, voilà l'alpha et l'omega du futur système qu'il mettra en place en Lombardie quelques années plus tard...

Après une carrière de joueur assez insignifiante entre sa ville natale et Bellaria, Arrigo se rend compte qu'il n'est fait que pour entraîner. Pour penser le foot, pour le modeler mathématiquement, littérairement. Au centre de formation de Cesena, où il glane son premier poste chez les jeunes, il créé des schémas, se les approprie, imagine des fractales, des placements de joueurs iconoclastes. Arrigo n'aime pas le travail physique, il compte sur l'intelligence et la vision pour débloquer une situation.

Arrigo débarque en tant qu'entraîneur en chef du Parma AC en 1985. Alors modeste équipe de série C1 (équivalent du National 1 chez nous), le prodige de Ravenne va construire une équipe en béton, avec des cireurs, des facteurs et des peintres en bâtiment. Les parmesans termineront largement premier du championnat devant Modène, et accèderont dès 1986 à la Série B. Le mythe est en route. Les gialloazzuri termineront 7ème de Série B en 1986-1987, avec une saison tonitruante de l'attaquant vedette Marco Rossi. Arrigo voit se prolonger l'aventure parmesane et se sent prêt pour la montée en Série A à l'orée de l'année 1987-1988. Sauf que ...

Un certain Silvio Berlusconi, débarqué en 1986 à la tête du mythique Milan A.C, voit d'un très bon oeil la venue du divin chauve sur le banc lombard. Qu'à cela ne tienne, et contre l'avis de tout le peuple rossonero, il demande à Arrigo de l'accompagner un bout de chemin dans la reconstruction du grand club milanais.
Les premiers temps sont redoutables. Arrigo est l'ancêtre de Marcelo Bielsa. Des idées arrêtées sur le foot, qui n'ont connu que l'apanage des clubs de divisions modestes. 2 entraînements par jour, des causeries longues comme un épisode de Derrick, des systèmes de jeu inconnus jusqu'alors. Bref, une bérézina. Malgré l'arrivée de Van Basten et Gullit, les milanais pointent à l'aube de la 6ème journée du championnat en piètre 12ème position.

Et puis...


Vint le match face à Vérone où Berlusconi, dans son style tout théâtral, tonna "Entre l'équipe et Sacchi, je choisis Sacchi". La légende est en route. Une série d'invincibilité grandiose qui amènera le club à gagner le Scudetto 1987/1988, et de se construire un palmarès qui ferait rêver le premier entraîneur venu.

Entre 1988 et 1990, le Milan AC deviendra la plus grande équipe de foot au monde. Arrigo deviendra Sacchi, et son modèle et ses valeurs deviendront un viatique pour tous les entraîneurs des années 90 / 2000. L'équipe qu'il forge à Milan est indestructible. Sacchi comprend que ses joueurs s'ennuient à enchaîner les entraînements matin et soir. Il va donc miser sur leur savoir, sur la vista, sur le coup d'après. Pour Sacchi, le foot ce sont trois valeurs cardinales : "l'émotion, la passion, la beauté". Sacchi appliquera la notion de "relation transitive" au football : le joueur donne de l'émotion au public qui lui renvoie en retour. 

Le jour de gloire est arrivé


Le 24 Mai 1989 deviendra le climax de l'ère Sacchi. Milan, après avoir éliminé Brême et Madrid, affronte le Steaua Bucarest en finale de la Coupe d'Europe des Clubs Champions, dans un Camp Nou chauffé à blanc. L'équipe de Iordanescu, c'est l'équipe de Roumanie tout simplement : Lacatus, Hagi, Petrescu, Piturca, etc...
Mais en face, il y a onze golgoths qui n'attendent qu'une chose, ramener la Coupe aux grandes oreilles dans la cité lombarde.
Résultat : 4 à 0 dans un match où le Milan AC montrera tout l'étude de son talent avec cette volonté constante de tourner le jeu vers l'attaque. 


Et après ? 


Sacchi a encore faim de titres. 1990, le Milan AC regagnera la Ligue des Champions face au Benfica Lisbonne de Vata (l'OM s'en souvient encore...). Puis vint les premières dissensions qui apparaîtront dès la saison suivante, malgré un beau parcours en Série A (second), et en Ligue des Champions. Mais ce soir de Mars 1991, l'OM de Waddle et Papin était trop fort. Les lumières s'éteignent sur le Vélodrome comme sur le grand Milan AC. Le match est perdu sur tapis vert pour les Rossoneri, et Sacchi s'en ira entraîner la Squadra Azzura jusqu'en 1996. 

Malgré une très mauvaise entente avec Roberto Baggio, le mage chauve emmènera les siens en finale de la Coupe du Monde 1994. Le ciel de Pasadena accueillera bien volontiers le tir au but de l'homme à la queue de cheval qui crucifiera tout un peuple et scellera un peu plus la légende de la Selecao. 
Sacchi vivotera et retournera même au Milan AC en 1996-1997. Avec l'auréole du saint-sauveur mais qui n'arrivera pas à redresser une équipe en plein déclin malgré ses stars : Boban, Davids, Weah, Reiziger, Desailly...

En 2001, Arrigo arrêtera définitivement les frais. Fatigué et usé, il préfèrera rejoindre des postes plus "confortables" à Parme ou au Real Madrid. Il en profitera même, dans un élan tout rance, pour critiquer la Squadra parce qu'elle "a trop de joueur de couleurs dans ses rangs". Une sortie par la petite porte pour l'ancien technicien de génie. 

Mais au fait, c'était quoi la Méthode Sacchi ? 


Guardiola, Ancelotti et même Mourinho s'en inspirent aujourd'hui. Sacchi a été le premier à abroger le Catennacio ("Cadenas" en italien : jeu basé uniquement sur le verrouillage de la défense et la prudence en attaque). 
Plus de libéro, 4 défenseurs alignés, chaque joueur jouant dans une zone prédéfinie, que ce soit en attaque ou en défense. Le pressing est très haut et le hors-jeu est joué en permanence. Toute la pensée de l'équipe est tournée vers l'attaque. Chaque joueur devra être écarté de son précédent ou de son suivant au mètre près. Tout le monde court en même temps dans un sens ou dans l'autre. 
Il arrivera, certains matchs, que le gardien ne touche aucun ballon de relance. 

Source : Les cahiers du foot

Sacchi, c'était le jeu à l'état pur. La volonté farouche de faire naître de la philosophie dans le football. De pratiquer l'optimisme, la mise en avant de projets communs. Le football de Sacchi était un football de rêve. Un mélange de rigueur allemande, de folie brésilienne, et de tactique argentine. On disait que si le Milan AC du Mage était sélectionné en Coupe du Monde, il l'aurait gagné deux fois deux suite. 

Bref, Sacchi c'était, chaque week-end, 90 Minutes de génie. 


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